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L'HISTOIRE DE LA BRETAGNE

     

 

Bretagne ,

  le sursaut d'un destin manqué

     (introduction de Yves Le Gallo à " Bretagne , une histoire " de Louis Elegoët )

         Qu'on jette un regard sur une carte des abords atlantiques de l'Europe , il apparait aussitot que la Bretagne -  ce puissant brise-lame continental où s'affronte la rencontre inversée des courants de navigation en provenance du nord et du sud - porte en elle une remarquable prédestination à être un royaume de Thulé , voire l'une des places du grand commerce de l'Occident . En fait l'histoire atteste qu'à cet égard , la Bretagne a manqué son destin qui aurait pu être celui du Portugal ,dont la réussite maritime , coloniale , linguistique et littéraire ne s'inscrivait pas nécessairement dans la position géographique , non plus que dans le dessin de ses côtes .


 Basse et Haute-Bretagne

   A la fin du IXème siècle , au temps de Nominöé , Erispöé et Salomon , la langue bretonne couvre la quasi-totalité de la péninsule jusqu'à l'enceinte de Rennes et aux approches de Nantes, et les destinées en sont alors portées au-delà par une conquérante aristocratie guerrière. Mais les circonstances vont se retourner pour aboutir au désastre . Le malheur des temps , c'est-à-dire les invasions normandes , va fixer pour l'avenir les grands traits de la géographie linguistique de la péninsule , le breton va se rabattre à l'ouest , vers ce qu'on appellera la Basse-Bretagne.Dés lors , le sort en est jeté : les destinées de la presqu'île ne seront pas celtiques et bretonnes mais romanes et françaises.En même temps , se confirmera la dyssimétrie politique et intellectuelle désormais caractéristique de la Bretagne : tournant le dos à l'océan et négligeant la sollicitation maritime , elle va basculer vers la terre , le continent , la France .

      On ne saurait s'abstenir de mettre l'accent sur ce fait capital que suscite la retraite du breton vers l'ouest , à savoir le partage en deux de la presqu'île en deux Bretagnes : à l'est la Bretagne romane , française ou haute ; à l'ouest la bretagne celtique bretonnante ou basse - toutes deux séparées par une limite linguistique dont le tracé variera peu jusqu'à l'époque moderne . Que la Haute-Bretagne , en contact immédiat avec le corps continental de la France , soit aussi celle des futures capitales provinciales , Rennes et Nantes , entraine que dans l'autre Bretagne , ,la langue de la noblesse , de la bourgeoisie et de l'administration soit le français . La déchéance sociale de la langue bretonne se manifestera dans le fait que , jusqu'à nos jours , aucun acte rédigé en cette langue - fût-ce le plus humble - ne sortira d'un greffe , d'une étude de procureur ou de notaire , ou ne sera consigné dans un registre d'état-civil. Ce ne sera que tardivement -au début du XIXème siècle - qu'elle se haussera  ç la dignité de langue écrite et littéraire mais sans jamais accéder à l'investiture officielle.


  Bretagne et Portugal


      La comparaison entre l'histoire du Portugal , aux premiers siècles de son indépendance monarchique , et celle de la Bretagne à la même époque , est significative de l'alignement du duché sur la France.

      En 1212 , les Portugais attestent de leur valeur militaire par leur participation à la victoire de Las Navas de Tolosa sur le calife almohade . En 1213 , Philippe Auguste impose l'accès de son neveu , le capétien Pierre de Dreux , au trône ducal .Désormais la Bretagne ne sera plus gouvernée que par des princes français , c'est-à-dire de langue , de culture et de moeurs françaises .

En 1288 , la cour pontificale confère la création à Lisbonne d'une université qui sera par la suite transférée à Coïmbra . Ce n'est qu'en 1460 que le duc françois II obtiendra du pape Pie II une bulle autorisant à Nantes la fondation d'une université . Les Bretons , il est vrai , continueront de fréquenter les anciennes universités du royaume , Paris , Bourges , Orléans , Angers . Celle de Nantes fut d'ailleurs démembrée en 1735 lorsque ses facultés de droit furent transférées à Rennes.

   Dans les années 1497-1499 , Vasco de Gama , contournant l'Afrique du Sud , ouvrant la voie maritime vers l'Inde , cependant que cabral abordait au Brésil , préludant ainsi la création en Amérique du Sud d'un immense domaine de langue et de civilisation portugaises . Certes à la même époque Anne de bretagne fit construire à Morlaix et achever à Brest sa Cordelière , navire imposant par la masse , qui devait sombrer héroïquement en 1513 à la hauteur de la pointe de Saint Mathieu . Mais il ne s'agissait que d'un geste de prestige qui ne pouvait tenir lieu de politique commerciale et navale concertée . En 1532 , les Etats de Vannes acceptèrent "d'unir et de joindre par union perpétuelle " la Bretagne à un royaume étranger aux choses de la mer.

 

 Basse-Bretagne sous le Roi

    L'année 1675 fut marquée en Basse-Bretagne par la révolte du papier timbré qui affecta surtout les villes ; et par celle des Bonnets rouges qui souleva les populations rurales , et dont les circonstances sont aussi mal connues que les représailles furent sanglantes . On citera les paroles d'un brigadier général des armées de l'époque : " Pour continuer notre chemin en Basse-Bretagne où nous devions rencontrer les révoltés en un lieu sur le bord de la mer nommé Penmarque [...] après avoir fait bien des camps et être arrivé à ce Pennemarque où on ne trouva pas une âme , on reprit par l'autre côté de la mer par le milieu de la province , et enfin on vint à Rennes où tous les mutins qu'on avait pris furent roués et pendus . Voilà comme cette révolte pris fin ."

   La rigueur de la répression maintint les populations dans l'obéissance et l'exécuition à Nantes en 1720 du marquis de Pontcallec ne suscita aucun mouvement de protestation que l'on pourrait qualifier de " patriotique ".Plus tard , aux approches de la Révolution , le tiers état commença à se dresser contre la noblesse . En janvier 1789 , des incidents violents se produisirent à Rennes entre gentilshommes et jeunes bourgeois , lors de la dernière session des Etats de Bretagne .

 

 

Les Dissidences bretonnes

   Le quart de siécle de guerre - en particulier navale - à peu près continue  , qui correspobd à la Révolution et au Premier Empire ruina l'économie , déja défaillante , de la province  et les séquelles en compromirent le redressement dans les décennies suivantes . Surtout on discerne alors les prémices d'une durable dissidence d'opinion et de sentiment entre la généralité de la Bretagne , paysanne et catholique , et , par conséquent "réactionnaire " et , d'autre part l'Etat parisien , jacobin et cocardier , qui , héritier de la tradition voltairienne , la fera dériver en laïcisme antireligieux de combat .

     La guerre de 1870 fut pour la Bretagne , et surtout la Basse-Bretagne , de fâcheux augure . D'abord en ce qui concerne le présent immédiat , puisque des milliers de Bretons , dont on craignait qu'ils finissent par constituer une armée de chouans , se trouvèrent parqués dans la boue et le froid du camp de Conlie , près du Mans . Ensuite , pour l'avenir plus lointain . Avant la victoire prussienne et le traité de Francfort  (1871) , le territoire national comprenait deux provinces d'une très forte individualité et , dans une certaine mesure , frappées d'une symétrie géographique et morale , d'une part la Bretagne et , d'autre part , " l'Alsace - Lorraine ". Lorsque celle-ci , détachée de la France , en deviendra un Reichsland , la Bretagne , notamment bretonnante , s'en trouvera en situation de faiblesse renforcée à l'égard des mesures vexatoires , telles que celles qu'imposa le ministère Combes  ( juin 1902 - janvier 1905 ) . Partant en guerre contre le breton , les radicaux lui faisaient grief d'attenter à l'unité linguistique (romano-provençale ) de la France et d'être l'idiome de la réaction cléricale . En conséquence seraient frappés de suspension de traitement les ecclésiastiques salariés de l'Etat qui s'obstinaient à " ne pas faire les instructions religieuses , y compris le catéchisme , en français ". On imagine mal ces mêmes radicaux cherchant querelle aux autorités paroissiales alsaciennes et proscrivant l'emploi du dialecte dans l'enseignement et la prédication . Après 1918 , la politique ouverte d'étouffement de la langue bretonne reprit son cours . Un ministre de l'Instruction publique laissa entendre à Paris , lors de l'inauguration de l'Exposition de 1925 que le parachèvement de l'unité linguistique nationale légitimait la disparition du breton . Propos singuliers , lorsque cette même France venait d'annexer des populations de parler germanique . 

 Quoiqu'il en soit de l'imagerie méprisante dispensée dans les 25 albums qui , de 1913 à 1939 , eurent pour thème l'ingénuité de Bécassine , la servante bretonne , l'évènement essentiel et inattendu , dans l'intervalle qui séparait les 2 cataclysmes , fut l'extraordinaire efflorescence artistique et spirituelle  - dans le bref éclair , de droite comme de gauche - qui illumina alors la Bretagne et se manifesta  aussi bien sur le plan de la peinture , de la sculpture , de la musique ou de l'architecture que dans le domaine de la littérature bretonnante .

   Tout cela se trouva anéanti en 1945 , en raison d'imprudences , de compromissions , de provocations , ou de la malignité des temps . La langue bretonne en conçut un dernier avatar : après qu'elle eut été l'idiome de la régression sociale et de l'arriération intellectuelle , on en fit celui de la trahison . La nouvelle censure - toutes tendances politiques confondues - frappa désormais de flétrissure morale toute forme d'action bretonne , fût-elle seulement culturelle . Enfin , l'éternel jacobinisme multiforme crut pouvoir achever de ruiner l'idée bretonne en introduisant la confusion dans la notion même de Bretagne . On fit , en effet , à partir de 1941 avac confirmation en 1960 , passer dans une région des pays de Loire , la ville de Nantes et son département de Loire-Atlantique . Il en résulte qu'en matière de cartes , de statistiques , de circonscriptions administratives , de géographie et d'histoire élémentaires , on ne sait plus de quelle Bretagne on parle .

 

                                       YVES LE GALLO

 

 

 

     LA BATAILLE DE BALLON : 22 novembre 845


 

En 840, par la mort de Louis le Pieux, Nominoë, missus dominicus pour la Bretagne depuis 832[1] se retrouve dans l'expectative devant la querelle qui déchire les héritiers de l'empereur. Après avoir balancé d'un parti à l'autre, il accepte enfin de prêter serment à Charles en janvier 841. Peut-être envoie-t-il (ou dirige-t-il lui-même ?) un contingent breton à la bataille de Fontenoy-en-Puisaye, en 841, qui vire à l'hécatombe.

Le comte Ricuin de Nantes étant tombé à Fontenoy, son fils Lambert II de Nantes demande à reprendre la charge de son père Lambert Ier de Nantes qui avait été forcé de s'exiler pour son soutien à Lothaire Ier. Charles refuse, doutant de cet homme, et nomme à sa place Renaud, comte d'Herbauge, qui s'est illustré dans la lutte contre les Scandinaves.

Les princes francs finissent par s'accorder en 843 et signer le traité de Verdun, la partie occidentale revenant à Charles le Chauve. La même année, devant la menace que fait naitre l'alliance de Nominoë, et du chef viking Hasting et du franc Lambert II de Nantes, Renaud conduit son armée à la victoire lors de la bataille de Messac. Mais Renaud est tué peu de temps après à Blain. Lambert occupe brièvement Nantes, que Charles confie rapidement à Hervé, aîné de Renaud. .

Nominoë poursuit ses incursions et on le voit appuyer Lambert II de Nantes en 844, où des troupes bretonnes contribuent à la défaite et à la mort d'Hervé. En campagne en Aquitaine, Charles ne peut réagir. Apprenant par ailleurs les difficultés que connaît le roi à Toulouse, Nominoë poursuit l'offensive et met le Maine à feu et à sang.

En 845, Charles conclut la paix avec Pépin II d'Aquitaine et se réconcilie avec Lambert II de Nantes. En novembre, il doit se rendre à Tours pour célébrer la Saint-Martin. Il se décommande à la dernière minute, ayant été averti qu'un parti de Bretons souhaite faire défection, pourvu qu'il vienne immédiatement à leur aide.


 Les forces en présence

 

Les effectifs des deux camps sont mal connus, mais l'ost royal n'étant plus au complet en novembre[2] et vu le caractère improvisé de l'intervention, les Francs sont sans doute peu nombreux - peut-être 3000 hommes (5 ou 6 comtés), sans doute moins. L'estimation est encore plus hasardeuse du côté des Bretons, dont l'armée semble à l'époque constituée d'une seule cavalerie légère, donc certainement encore bien moins nombreuse.


 La bataille

 

Nominoë attire le Roi au confluent marécageux de l'Oust et de l'Aff, non loin de l'abbaye de Ballon - d'où le nom de la bataille. Il s'agit d'un véritable chausse-trape, où les Bretons exploitent leur connaissance des marécages pour vaincre les Francs.

On dispose de peu de détails sur le déroulement de la bataille. Selon les Annales de Saint-Bertin[3] :

« Charles ayant imprudemment attaqué la Bretagne de Gaule avec des forces limitées, les siens lâchent pied par un renversement de fortune (...) »

Selon les Premières Annales de Fontenelle :

« (...), les Francs étant entrés en Bretagne, engagèrent le combat avec les Bretons, le 22 novembre, aidés par la difficulté de lieux et les terrains marécageux, les Bretons se révélèrent les meilleurs. »


 Les conséquences

 

Après qu'a circulé la rumeur de sa mort, Charles réapparaît dans le Maine. Il y reconstitue son armée, mais doit attendre après l'assemblée générale d'Epernay pour se diriger de nouveau vers la Bretagne, à la fin de l'été 846. Là, il conclut un traité assorti de serments avec Nominoë, accord dont le contenu exact nous est inconnu.

Malgré le climat de guerre froide qui perdurera et notamment les raids bretons menés par un certain Mangil dans le Bessin à la Noël de la même année, l'accord ne sera rompu qu'en 849.

Cette bataille, relativement mineure, est souvent confondue avec celle, plus décisive, de Jengland-Beslé, qui opposera Erispoë, successeur de Nominoë, à Charles en 851. Commise d'abord par A. de la Borderie dans sa célèbre « Histoire de la Bretagne », l'erreur a été reprise maintes fois depuis. Cependant, c'est de la bataille de Ballon que certains datent la naissance d'une Bretagne unifiée et indépendante, derrière un souverain unique Nominoë. La politique expansionniste de Nominoë, par la conquête des anciennes Marches de Bretagne sera poursuivie par son fils Erispoë qui consolidera les frontières du Royaume de Bretagne.

 

                                    d'après   WIKIPEDIA

 



 

 

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